Une semaine à Irkutsk et au lac Baïkal

Une semaine à Irkutsk et au lac Baïkal

Dans la nuit du 16 septembre, après 32 heures passées dans le transsibérien, j’arrive enfin à Irkutsk, l’étape finale de mon voyage en Sibérie.

Il est minuit passé. Mais heureusement, j’ai trouvé d’adorables hôtes sur Couchsurfing qui m’ont dit qu’ils m’accueilleraient à n’importe quelle heure de la nuit. Bon… Je ne veux pas les faire attendre plus longtemps. Je saute dans un taxi.

Arrivé chez eux, ils m’accueillent à bras ouvert et il ne me faut pas 5 minutes pour m’effondrer dans leur canapé

Petit tour au consulat Mongol

Le lendemain à la première heure, je décide de me rendre au consulat mongol d’Irkutsk pour déposer ma demande de visa. L’employé m’invite à revenir récupérer mon passeport dans 24 heures.

Aïe ! Pour une fois qu’ils sont rapides… J’avais prévu de partir quelques jours au lac Baïkal en attendant mon visa. Bon… Je m’en tiens à mon plan et je demande que mon passeport soit gardé quelques jours.

Pour des infos pratiques sur la demande de visa mongol en Russie, lisez mon article sur le sujet.

Je profite ensuite du reste de la journée pour visiter Irkutsk.

Visite d’Irkutsk

Mes hôtes, un jeune couple avec un bébé adorable, me proposent de m’emmener faire un tour touristique de la ville, ce que j’accepte avec joie !

A première vue, Irkutsk est bien plus charmante et chaleureuse que Novosibirsk, avec ses petites maisons en bois, ses parcs, son île au milieu du fleuve Angara, ses cathédrales… Pas étonnant qu’elle soit surnommée la « Paris de la Sibérie ».

Si vous passez à Irkutsk, je vous conseille d’au moins vous balader dans le centre-ville pour apprécier les petites maisons en bois, voir les quelques monuments historiques et vous prélasser dans les parcs et sur l’île au milieu de l’Angara.

Le fleuve Angara à Irkutsk

Le fleuve Angara à Irkutsk

Préparation pour le lac Baïkal

J’abuse un peu de la gentillesse de mon hôte et lui demande de m’aider à chercher un sac de couchage d’occasion sur Internet. Il m’en trouve un sur un site, l’homologue russe de Le Bon Coin. Après avoir traité par téléphone avec le vendeur, je pars le chercher.

Sur le chemin, je m’arrête dans une boutique outdoor pour acheter une couverture de survie. La météo annonce des températures de 1°C pendant les prochaines nuits et j’ai dans l’idée de camper. Mieux vaut être préparé !

Puis, en suivant le GPS de mon téléphone jusqu’à l’adresse du vendeur, je remonte vers le Nord de la ville. Après être passé devant l’église Kazan (qui est magnifique), je pénètre dans un quartier beaucoup moins accueillant, une sorte de ghetto, aux vieilles maisons en bois et en taules et aux chemins boueux. Autour de moi, j’ai l’impression que les gens me regardent, et que le nombre de chiens errants augmente à chaque coin de rue. Le soir arrive, il commence à faire sombre. Et pour ne rien arranger, mon portable est bientôt à court de batterie. Il ne m’en faut pas moins pour hâter le pas.

Avec un peu de mal, je finis par trouver la maison du vendeur. Pressé de quitter le ghetto avant la nuit, je lui lâche le prix qu’il demande (25€ en roubles) sans même négocier.

Le lac Baïkal et l’île d’Olkhon

Après ma transaction, je décide de passer à la gare routière acheter un ticket de bus pour l’île d’Olkhon pour le lendemain matin. D’après mon hôte, c’est le moyen le plus économique de s’y rendre.

Agréable surprise, la dame derrière le guichet parle anglais. Elle m’explique qu’il y a des départs quotidiens pour l’île d’Olkhon à 9:00 et 13:00, soit en bus normal (750 roubles et 6h de trajet), soit en bus express (1000 roubles – 5h de trajet). En principe, il faut payer un supplément pour les gros bagages, mais mon sac de 40L passe encore.

Pour ceux qui souhaitent se rendent sur l’île : L’idéal est de d’acheter également votre ticket de bus de retour de l’île. Car une fois sur l’île, c’est plus difficile de trouver un ticket retour à 750 roubles.

Le lendemain, je me lève assez tôt pour ne pas rater le départ de la navette. Je remercie chaleureusement mes hôtes pour leur aide et leur hospitalité puis me rends à la gare routière.

Dans le bus, je fais la connaissance de Raphaëlle et François, un couple de voyageurs français qui se rend également sur l’île. Ils ont du matos de camping et me proposent de les accompagner vadrouiller sur l’île. J’hésite. J’ai un nouveau sac de couchage et de bons vêtements, mais je ne sais pas si ça suffira. Apparemment, les nuits sont fraiches sur l’île et la météo n’annonce rien de bon pour les prochains jours.

« J’y réfléchirai ! », Réponds-je.

Les paysages sur le trajet sont magnifiques. Ça commence à ressembler aux steppes mongoles ; De grandes étendues d’herbe avec des petites collines. En revanche, la route est dans un terrible état et le bus, qui fonce à tout allure, rebondit sur chaque trou et chaque bosse.

Heureusement que j’ai le ventre vide !

Le ferry pour l'île d'Olkhon

Le ferry pour l’île d’Olkhon

Arrivés au bord du lac, nous chargeons le bus sur un ferry qui nous emmène sur l’île. Une fois débarqués, il restera 30 minutes de trajet jusqu’à Khoujir, le village servant de capitale à l’île.

Une fois à Khoujir, je ne peux cacher les étoiles que j’ai dans les yeux face au caractère pittoresque du village, avec ses chemins en terre rouge, ses tourbillons de poussière dans les rues, les vaches broutant les fleurs devant les maisons, les quelques locaux dormant derrière le comptoir de leurs magasins aux étagères à moitié vides et les trois gamins jouant sur une balançoire rouillée. On n’entend pas un bruit, à part le vent.

Le village de Khoujir

Le village de Khoujir

Je déambule, émerveillé, jusqu’à mon hôtel ; Le Sunny Hostel, l’hébergement le moins cher que j’ai trouvé sur Internet.  Il s’agit d’un petit groupe de chalets assez rustiques (de toute façon, tout est rustique sur l’île). J’avais payé pour un lit en dortoir, mais comme l’hôtel est vide, je me retrouve surclassé dans une chambre individuelle.

Yes !

Ma chambre est très basique et le lit pas super confortable. Mais le « tout en bois », le petit radiateur électrique et les couvertures chaudes et propres rendent le tout très chaleureux. Les toilettes et les douches sont à l’extérieur. Mais il y a de l’eau chaude dans les douches !

Franchement, je ne vois pas ce que je pourrais demander de plus !

Vue depuis ma chambre au village de Khoujir

Vue depuis ma chambre au village de Khoujir

Le soir, je dîne avec les deux autres français dans l’un des rares restaurants encore ouverts à cette saison. Les plats sont chers et les assiettes peu remplies.

J’aurais dû faire les courses à Irkutsk avant de venir…

Je rencontre également d’autres voyageurs qui dorment dans des maisons d’hôtes. J’entends de très bonnes recommandations de « Chez Olga » et « Chez Nikita », qui proposent des chambres pour deux à 1500 roubles avec repas compris.

Visiter l’île d’Olkhon

L’île est assez grande et le seul village où l’on peut manger et dormir convenablement est le village de Khoujir.

Pour visiter le reste de l’île, il semble y avoir 3 solutions :

Payer un tour touristique en van

C’est ce que la plupart des touristes font. La journée, les petits vans sillonnent l’île dans tous les sens pour transporter les hordes de touristes chinois (et les autres) vers les lieux et centres d’intérêt. L’aller-retour jusqu’à la pointe Nord de l’île coute 1000 roubles et vous êtes rentrés pour l’apéro. Pour plus, d’infos, adressez-vous au « Tourist Information Center » ou directement à votre auberge.

Louer un vélo

La location d’un vélo me semble la meilleure solution pour le voyageur désirant visiter l’île à moindre cout.

Pour louer un vélo, renseignez-vous au « Tourist Information Center » à Khoujir. S’il est fermé, vous n’avez qu’à appeler un numéro sur l’une des affiches placardées en dehors.

Le prix est de 300 roubles la journée. Mais c’est négociable ! Surtout si vous venez en basse saison. En revanche, les routes sont à peine praticables et le terrain est vallonné. Il faut être en forme !

Marcher et camper

C’est l’option que nous avons choisi les deux autres français et moi.

D’après les locaux, la randonnée aller-retour jusqu’à la pointe Nord de l’île se fait normalement en 3 jours et 2 nuits.

Nous partons donc le lendemain de notre arrivée, à l’assaut de la pointe Nord. Progressivement, nous passons de l’ambiance désertique du village de Khoujir à une grande plage de sable, puis à une forêt dense, puis à des grandes plaines balayées par le vent. Les paysages sont incroyables, en particulier la rive de l’autre côté du lac.

La plage près de Khoujir

La foret près de Khoujir

Sur le chemin de la pointe Nord de l'île d'Olkhon

Les bords du lac Baikal

La rive enneigée d’en face

Malheureusement, la météo se gâte rapidement. La pluie se met à tomber et la température chute. Notre randonnée prend des airs de camps survivaliste.

A la nuit tombée, nous nous arrêtons, exténués. Les locaux nous ont conseillés de ne pas nous installer trop loin du rivage, car des ours et des loups habitent l’intérieur de l’île. Malgré leurs mises en gardes, nous nous enfonçons légèrement dans la forêt pour être à l’abri du vent.

La pluie ne cesse de tomber toute la nuit, se transformant parfois en neige.  Nous dormons enroulés dans des couvertures de survie, collés les uns aux autres pour ne pas avoir froids. Le vent souffle violemment sur les parois de la tente. J’ai le ventre un peu serré. Cela fait moins d’un mois que j’ai commencé mon voyage et c’est la première fois que me retrouve dans une telle situation. Une question monte soudain à mon esprit :

Est-ce que je serais capable de voyager plusieurs mois comme ça ?

Soudain, je crois entendre un bruit dehors, un bruit de branche cassée. Je me fige.

« Crac… ». Encore un bruit. Mon cœur s’arrête.

« Crac… ». Plus proche cette fois. Quelque chose s’approche de la tente.

Je voudrais réveiller les deux français qui dorment à côté de moi, mais je n’ose pas bouger.

Ok pas de panique… C’est surement un habitant de l’île qui se demande ce qu’on fait là.

Puis soudain, la chose de dehors expire bruyamment, et se met à renifler la toile de la tente. Après mon cœur, c’est au tour de mon cerveau de s’arrêter. J’attends, aussi amorphe qu’une patate, que ce qui doit arriver arrive…

Mais rien n’arrive. Les bruits disparaissent et je m’endors épuisé.

Le lendemain au réveil, nous découvrons quelques bouses de vaches fraiches autour de la tente.

Ouf ! Ce n’était qu’une vache. J’ai flippé pour rien !

La pluie a cessé, mais mes chaussures sont dans un sale état. Je décide donc d’abandonner la randonnée. Je passe cette journée à revenir en direction de Khoujir en passant par la forêt pour être à l’abri du vent. Plus tard, j’apprendrai que les deux français ont eux aussi décidé de faire demi-tour quelques kms plus loin.

L'île d'Olkhon

Retour à Irkutsk

Le soir, je retrouve mon lit tout chaud au Sunny Hostel.

Le lendemain, le soleil est de retour sur l’île d’Olkhon.

L'île d'Olkhon sous le soleil

Ça fait du bien ! Mais je manque de temps, le consulat mongol d’Irkutsk va fermer pour le weekend et je décide donc de rentrer à Irkutsk pour récupérer mon passeport à temps.

Je fais un dernier tour des environs, puis je me dirige vers le « Tourist Information Center » pour acheter mon ticket de bus de retour. Sauf que celui-ci est fermé, et quand j’appelle le numéro d’astreinte, ils me disent « demain, demain ». Mais moi je comptais prendre le bus de midi… Je finis donc par acheter un ticket plus cher (1000 roubles) à mon auberge. Bon… Au moins le bus est venu me chercher devant ma chambre. Et ça c’est la classe !

Je retourne donc à Irkutsk, je récupère mon passeport au consulat mongol juste à temps puis, sans attendre, j’attrape un train en direction de ma prochaine destination ; Ulan-Ude.

Rétrospective sur notre tentative ratée de camping sur l’île d’Olkhon

L’itinéraire initialement prévu de la balade :

Ne pensez pas que visiter l’île en campant est impossible ! Nous avons laissé tomber uniquement à cause du trop mauvais temps. Avec une meilleure météo, c’est largement faisable. D’ailleurs, il y a des campings au bord du rivage de temps à autre (par camping j’entends 4 planches de bois pour vous permettre de pisser sans avoir le vent qui vous caresse les *** et des foyers par ci par là pour faire du feu).

De plus, je ne fais que parler du mauvais temps mais on est juste tombé sur les seuls trois jours de pluie ! D’habitude, la météo est meilleure. C’est juste un peu venteux, alors prévoyez quand même un manteau.

En revanche, si vous venez en plein hiver, attendez-vous à des températures extrêmes, ne venez pas en tongues ! Une amie s’y est rendu la même année en Janvier. Le lac est gelé et elle a pu le traverser en aéroglisseur.

En ce qui concerne la question qui m’a angoissée cette nuit-là : « Est-ce que je serais capable de voyager plusieurs mois comme ça ? » Elle m’est revenu en tête 2 fois dans les 2 mois suivants, puis elle a disparu. Et j’ai voyagé 12 mois d’affilés. Et je continuerai !

 

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